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  • Louise Renard

Histoire de la violence, TN [théâtre]

Thomas Ostermeier met en scène le texte autobiographique d’Édouard Louis « Histoire de la violence », l’auteur et le metteur en scène travaillant en étroite collaboration pour proposer ce spectacle que l’on peut voir du 22 au 26 janvier 2020 au Théâtre National de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Avec Christoph Gawenda, Laurenz Laufenberg, Renato Schuch et Alina Stiegler.


Sur un plateau presque nu avec le stricte minimum pour figurer une chambre, une salle à manger ou un hôpital, évoluent quatre acteurs pour raconter la rencontre d’Édouard et Reda un soir de réveillon de Noël à Paris. Comme dans un thriller, l’histoire se dévoile petit à petit, de manière décousue mais où toutes les informations nous parviennent intelligiblement et intelligemment : flash-backs, flash-forwards, indices qui s’associent progressivement pour former petit à petit la fresque de cette soirée.

Quelque chose de terrible est arrivé, on l’apprend dès le début. Mais entre la version qu’Édouard a vécue, celle qu’il veut nous raconter, celle qu’il veut que sa sœur de province respecte et celle qu’il veut que la police entende : mille différences. Les à priori, les suppositions, les sensibilités divergent et l’histoire se trouve tirée et déformée de tous les côtés au grand désarroi du protagoniste qui se retrouve peut-être finalement à son tour à ne plus savoir ce qui s’est réellement passé.


Quand on va voir un spectacle par admiration pour un metteur en scène – ce qui était mon cas ici – il arrive de ne pas prendre le temps de s’informer sur le sujet de ce que l’on va voir. Et, très sincèrement, je crois qu’à choisir, je n’aurais pas voulu que l’on me raconte cette histoire. Il y a une cruauté, une violence et en même temps une naïveté et une sincérité qui sont offertes au spectateur de manière très crue et avec une précision qui me ferait décrire Ostermeier comme le médecin légiste de cette histoire.


Les touches plus légères, à l’aide de la danse et de l’humour, amenées par les personnages interprétés par Christophe Gawenda (le policier, la mère et le beau-frère) n’ont pas suffi, pour moi, à laisser respirer la noirceur tragique du propos, mais je ne sais pas si cela en était l’objectif. Peut-être pas. Si c’est Laurenz Laufenberg qui tient en grande partie la pièce étant à la fois protagoniste et narrateur de l’histoire, c’est l’animalité touchante de l’antagoniste (ou antihéros, difficile à dire) interprété par Renato Schuch qui me marquera le plus. Virtuose dans ces bonds d’une émotion à l’autre ainsi que dans la fluidité de ses mouvements, la menace qu’il représente n’est pas sans rappeler celle d’un fauve.

Le texte et l’histoire posent beaucoup de questions quant à de nombreux préjugés et ces interrogations pourraient suffire à donner son importance à la pièce. L’homophobie ordinaire, le racisme policier, la difficulté d’une communication intrafamiliale et les préjugés de classe sociale ne sont que quelques-unes des thématiques abordées avec beaucoup de justesse par le texte et retranscrit de manière directe et épurée par la mise en scène et les acteurs.


Je ne peux pas dire que je sois sortie de se spectacle avec une émotion qui serait celle – indicible – que je souhaite ressentir quand je me rends au théâtre mais cela n’empêche pas l’importance évidente de ce spectacle tant du point formel qu’y a apporté Ostermeier que par le fond du texte autobiographique d’Édouard Louis.


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(c) Photos : Arno Declair

Mise en scène : Thomas Ostermeier

D’après le roman : Histoire de la violence de Édouard Louis

Collaboration à la mise en scène : David Stöhr

Création de décors et des costumes : Nina Wetzel

Musique : Nils Ostendorf

Vidéo : Sébastien Dupouey

Dramaturgie : Florian Borchmeyer

Création lumière : Michael Wetzel

Collaboration à la chorégraphie : Johanna Lemke

Avec : Christoph Gawenda, Laurenz Laufenberg, Renato Schuch, Alina Stiegler

Musicien : Thomas Witte