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  • Louise Renard

L’histoire approximative [...] de Boby Lapointe, Théâtre des Martyrs [théâtre]

L’histoire approximative mais néanmoins touchante et non-écourtée de Boby Lapointe se joue aux Théâtre des Martyrs du 27 novembre au 14 décembre. Ce sont trois comédiens du collectif « Les compagnons pointent » qui s’emparent du plateau de la petite salle pour nous conter sous la forme d’une conférence au nom du patrimoine de la langue, tout en calembours et en chansons, l’histoire de ce chanteur français.


Lorsqu’on entre dans la salle, les trois acteurs sont déjà prêts à nous accueillir : ils surveillent les entrées, scrutent les spectateurs, déjà bien installés dans leurs personnages de conférenciers. Les costumes sont à la fois stricts – chemise, cravate – mais légèrement décalés avec une cravate trop courte ou un bermuda au lieu d’un pantalon. Le plateau est truffé d’éléments de décors, ceux-ci étant davantage de l’ordre de l’accessoire que de l’ordre d’une scénographie complexe. On pourra en effet voir un rétroprojecteur, quelques instruments de musique et une belle photo du maître spirituel de la « cellule contrepète » qui veille tel un gourou. Mais ce sont les acteurs qui ont le devant de la scène, cette scénographie n’offrant finalement que des appuis pratiques pour le jeu.

Et c'est avec raison que le jeu a le devant de la scène car la virtuosité des acteurs est bien là - toute la finesse s'en dévoile d'ailleurs petit à petit. Dans un premier temps, avec un humour presque muet, rythmé par les regards, les petits gestes, presque le mime, le ton est donné et le public rit déjà ouvertement. Mais quand la parole est prise, c’est alors que l’adresse et la virtuosité mentionnée plus tôt de leur utilisation de la langue se fait entendre. Les calembours, les phrases énoncées à plusieurs voix mais aussi l’écoute entre les différents acteurs sont autant de qualités admirables que l’on se doit de souligner. Les acteurs sont à la fois poétiques et extrêmement présents avec le public ce qui rend l'intimisme de la petite salle un atout non négligeable pour que le public soit pleinement investi.


Une autre corde à leur arc se laisse entendre ensuite : le chant. Les chansons et la façon dont elles sont interprétées donnent lieu à la fois des rires éclatants mais aussi à une émotion parfois teintée de nostalgie, et cela même lorsque l’on n’a pas forcément les références musicales. Personnellement j’avais en effet davantage la référence de La Petite Sirène de Disney – dont les paroles légèrement transformées ont causé bien des rires - que des chansons de Boby Lapointe lui-même. Cependant, il y a quelque chose de touchant dans le fait d’entendre les personnes plus familières à son travail fredonner avec les comédiens. Cela avait pour résultat d’approfondir encore plus cette communion que les rires en chœurs offraient déjà.

« Le lapointisme, c’est savoir préférer les vacances au travail. C’est aussi rendre très mince la frontière entre les mathématiques et le français. » Valentin Demarcin, extrait du dossier de presse.

Evidemment, ce travail d’adresse tout en finesse sur la langue française n’est pas sans rappeler les auteurs de l’OuLiPo, tels que Georges Perec et Raymond Queneau. Les exercices de styles qui caractérisent ce groupe d’auteurs semblent concorder avec la manière de réfléchir et d’écrire de Boby Lapointe telle que décrite par « Les compagnons pointent » : tout particulièrement le lien entre le français et les mathématiques et ce que cela engendre sur les figures de style et leur utilisation.

D’ailleurs comme pour la lecture d’un texte de l’OuLiPo, ce spectacle demande l’attention constante et totale du public pour être à la fois entendu, compris et assimilé. Une attention qui est amplement obtenue et conservée par les acteurs, ceux-ci parvenant à nous tenir alertes et attentifs, dès l’entrée dans la salle et ce jusqu'au moment des applaudissements.


Tels des circassiens de la langue, « Les compagnons pointent » font de l’équilibrisme et jonglent avec les mots avec une apparente facilité déconcertante.


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Jeu : Valentin Demarcin, 
Benoît Janssens,
 Virgile Magniette 


Lumières 
Renaud Ceulemans


Regard extérieur & régie : 
Axel Cornil, Allan Bertin

Création collective 
: Les compagnons pointent

(c) Photos de Les compagnons pointent