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  • Louise Renard

La Dame à la camionnette - Le Vilar [théâtre]

La Dame à la camionnette d’Alain Leempoel, du 16 au 20 novembre au Centre culturel d’Ottiginies-LLN, et organisé par le Vilar, nous donnait l’immense chance de voir la talentueuse Jacqueline Bir montrer l’étendue de sa palette d’actrice.


Certains spectacles ont des enjeux tout particuliers et La Dame à la camionnette en fait à mes yeux partie. Cet enjeu, cet objectif, c’est de donner à Jacqueline Bir un magnifique terrain de jeu pour l’actrice de talent qu’elle est. Car c’est pour ça, on le sent, que le public est là. La pièce a peut-être des afficionados qui la connaissent où qui ont vu le film, mais surtout, c’est cette actrice, magnifique pilier du théâtre belge que l’on veut voir.


Et si c’est la plus grande qualité du spectacle, de s’effacer un maximum pour laisser apparaître l’actrice, c’est peut-être aussi son défaut – si l’on peut appeler cela un défaut. Car si c’est une tradition anglaise avérée, de partie sur une mise en scène qui soit jolie et efficace, sans grande originalité ou surprise mais qui donne à la pièce l’univers que l’on aurait supposé, c’est peut-être plus rare en Belgique. A Londres, ce sera très classique de ne pas tenter d’innover Le Roi Lear pour mettre en avant Ian McKellen ou de mettre beaucoup d’argent dans un décor réaliste pour The Caretaker avec Timothy Spall. Et si d’aucuns peuvent être déçus d’une absence de prise de risques, n’est-ce pas aussi une grande preuve d’humilité, parfois, de s’effacer devant l’actrice ? Parfois, correspondre aux attentes n’est pas un mal.

Cela dit, quelques trouvailles scénographiques comme le camion sont tout à l’honneur de leurs créateur.ice.s. Là où la vidéo, quant à elle, ne semble jamais réellement trouver son utilité. La vidéo « pour le principe de mettre de la vidéo » a rarement beaucoup d’intérêt d’ailleurs. Peut-être une erreur de jugement dans la tentative d’utiliser des technologies telles que le mapping dans un spectacle qui semble se vouloir une ode à l’acteur.ice.


Une originalité dramaturgique est à souligner dans le fait d’avoir dédoublé ou gémellé la figure de l’auteur, qui est aussi narrateur. Deux hommes, habillés et grimés de la même manière, interprètent Alan Bennett, l’un semblant être celui qui vit l’histoire avec cette femme au jour le jour, et le second, qui pourrait être l’auteur qui veut retranscrire l’histoire à posteriori. La dualité est intéressante, dans le sens où il y a quelque chose de fascinant avec le besoin de romancer une histoire une fois que celle-ci est finie. Le côté caricatural de cette dualité – dans le costume, les lunettes, la perruque – est un peu regrettable car la finesse du jeu des acteurs est quant à elle très louable.


Enfin, le côté pièce à tiroirs, avec pleins de scénettes courtes (plus d’une vingtaine dans le deuxième acte seulement) en fait une pièce qui demande une attention continue. Mais cette attention, elle est obtenue facilement par une Jacqueline Bir au sommet de son art. Virtuose comme jamais dans son émotion retenue et sa prise de parole fine et tranchante. Elle maîtrise également parfaite un élément particulièrement compliqué et pourtant si inséparable de la pièce : l’humour anglais.

Plus d'informations : La Dame à la camionnette - Atelier Théâtre Jean Vilar (atjv.be)

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