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  • Louise Renard

Le petit chaperon rouge de la rue Pigalle - Théâtre des Martyrs [théâtre]

Dans la petite salle du Théâtre des Martyrs se joue Le petit chaperon rouge de la rue Pigalle du 21 septembre au 9 octobre... Dans un écrin de douceur, d’écoute et d’émotion Florence Hebbelynck raconte l’histoire de Cathy, une prostituée qui a fait le trottoir pendant soixante ans. Avec Nicolas Luçon, ils incarnent tour à tour les personnes qui ont croisé le chemin de ce personnage extraordinaire.


Comment raconter la vie d’une prostituée ? La vie d’une personne qu’on a connue sans la connaître ? Comment démêler le vrai du faux ? Par quel biais ? Sous quelle forme ? Ces questions Florence Hebbelynck a dû se les poser pour aborder les enregistrements qu’elle a faits de ce personnage de la rue Pigalle : Cathy, la prostituée au manteau rouge. Et le prisme qu’elle choisit d’emprunter, c’est celui du regard de ceux qui l’ont connue. De près ou de loin.

Et c’est à travers ces regards que les deux acteurs arrivent à nous dresser un portrait. Troublant et touchant à la fois car tantôt raconté par les yeux d’un enfant, tantôt par ceux d’un homme de radio un peu présomptueux, tantôt encore par le regard d’une nièce déboussolée. Ces personnages nous dévoilent petit à petit un personnage complexe, qui ment peut-être souvent, mais qui n’en est pas moins d’une sincérité désarmante dans les enregistrements originaux qui résonnent à des moments propices du spectacle, quand ce n’est pas Florence elle-même qui l’interprète.

La scénographie est minimaliste, des marchepieds IKEA jonchent le sol, quelques accessoires mais presque rien. La place est aux acteurs. Et quels acteurs ! Florence navigue intelligemment entre l’intervieweuse et l’interviewée, donnant vie également à un personnage extrêmement complexe qu’on peine à cerner. Nicolas Luçon voltige quant à lui avec une virtuosité désarmante entre le rôle du fils de Florence, perfectionniste mais hésitant, admiratif et troublé, celui de parisien bourgeois que l’on aime détester mais qui lui aussi parvient à nous toucher, et même, plus difficile encore, celui d’une femme qui n’a rien demandé à personne et qui ne sait pas quelle est sa place dans l’histoire de sa tante.



On se sent emporté, il n’y a pas d’autre mot, dans ce florilège de personnages et d’histoires entrecroisées. Tous se questionnent, même ceux qui semblent si sûrs d’eux, sur leur rapport à ce métier, ce chemin de vie. Qui sont-ils pour juger ? Qui sommes-nous, spectateurs, pour nous faire un avis sur leurs opinions ? Les questions sont présentes mais comme tout dans ce spectacle, ils sont empreints d’une bienveillance qui enrobe même les moments les plus sombres du spectacle d’une douce mélancolie.


C’est probablement ce sentiment qui m’accompagne en sortant. L’impression d’avoir été prise par la main pendant une heure et demie, pour faire quelques pas dans la vie de Cathy, ou plutôt dans la vie de Florence à la recherche de Cathy. Une vie belle ou triste, on ne saurait le dire. Une tragédie ou un drame insolite. Mais cette vérité-là, si il en est une, Cathy l’a jalousement emportée avec elle.


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