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  • Louise Renard

Next Move - Les Tanneurs [festival - formats courts]

Aux Tanneurs, ce lundi 5 octobre, se tenait le festival Next Move. À l'occasion de cette formule, nous avons donc pu assister à un parcours de quatre formats courts : Still Life de Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola, Ancora tu de Salvatore Calcagno/garçongarçon, Luc, Corinne, Alain et Stéphane de Fany Ducat/Antonin Jenny et Litanie de Gurshad Shaheman. Quatre œuvres spectaculaires aussi différentes que faire se peut qui font la rentrée éclectique de Theatron.


Après cette longue pause, il fait bon de revenir au théâtre et les Tanneurs ont fait un merveilleux travail d’adaptation aux conditions avec un très joli bar agrandi où il fait bon d’arriver et de boire un verre en attendant la première surprise que la soirée nous réserve. L'ambiance est chaleureuse et on sent le plaisir que les spectateurs ont à retrouver leurs habitudes, tout en en adoptant de nouvelles.


Tout d’abord, pour Still Life, on grimpe jusqu’au quatrième étage du théâtre pour arriver à ce qui est appelé « l’appartement ». Et en effet, c’est un par un qu’on prend place sur la quinzaine de sièges disposés dans ce petit deux pièces où l’on se rend bien vite compte que le but n’est pas qu’on si sente bien. Pas de chauffage, pas de lumière, et quand celle-ci finit par s’allumer : des milliers de mouches (certaines fausses mais certaines bien vivantes) ont pris possession de l’espace. Vision d’horreur pour les entomophobes. C’est dans ce cadre que vont trotter de plus en plus frénétiquement deux agents immobiliers qui vont tenter tant bien que mal de rendre l’endroit soutenable pour de potentiels visiteurs. Projet court d’une dizaine de minutes et à l’humour absurde, le format est efficace dans son étrangeté. Le pari formel est réussi, le sens et l’objectif de fond restent quant à eux, assez obscurs.


Une petite pause et on se dirige alors vers la « Petite Salle » où se joue Ancora tu. On y entre pour découvrir Dany (Boudreault), qui nous attend avec son masque, en écoutant Sarà perché ti amo de Richi e Poveri en boucle. Trois panneaux encadrent le plateau, dont un qui montre une plage ensoleillée. Lorsque tout le monde est installé, Dany se « dévoile » en retirant son masque et commence à nous raconter son histoire amoureuse. Avec l’aide du public qui doit choisir dans une liste de souvenirs, il décide de garder ou de jeter les moments qui le lient à son amour perdu : Salvatore Calcagno, le metteur en scène de leur projet avorté. Dany se dévoile petit à petit, par souvenirs audio ou par bribes racontées. Le résultat de cette forme est terriblement touchant ; on peut voir ses yeux s’embuer pour un mot qu’il aurait voulu dire ou ne pas dire. On se projette avec une tendresse folle dans cette histoire et on s’y reconnait avec une facilité désarmante. La petite salle permet en sus de la sincérité de l’acteur, de sentir son regard, sa présence, créant un réel partage, « notre bulle » comme dit Dany, une sensation si nécessaire et attendue après ces mois de silence spectaculaire.


Un peu de retard, par conséquent peu de temps pour se remettre de ses émotions avant de se presser jusqu’à la grande salle pour voir Luc, Corinne, Alain et Stéphane. Théâtre absurde si il en est, ce sont quatre personnages aux costumes rappelant les métiers agricoles, les bottes pleines d’eau et les regards ébahis, qui prennent possession du plateau. Incompréhensions, doutes, temps et contretemps sont les maîtres mots de ce format. Après la sincérité du projet précédent, il est cependant laborieux de se plonger complètement dans ce parti-pris plus formel dans sa direction d’acteur. Heureusement, Sacha Fritschké et Tom Adjibi nous livrent quelques moments qui nous happent par leur drôlerie et leur détresse. Ce spectacle pâtit malheureusement, pour ce soir-là, d’un public un poil trop complice, visiblement venu voir le projet de leurs amis ou collègues, et dont les rires particulièrement sonores adviennent à des moments qui sont incohérents pour le reste de l’audience. Difficile dans ces conditions de se plonger complètement dans le propos et le format lorsqu’on est constamment ramené à ce qui se passe dans le public. Mais ceci dit, c’est aussi ce qui fait l’unicité de la représentation théâtrale.


Une nouvelle pause et on retourne dans la grande salle pour voir Litanie de Gurshad Shaheman. Le titre n’est pas menteur : on assiste bien à une litanie. Au sens propre, pour son côté religieux et chanté, au sens figuré pour sa répétitivité dans le texte et dans la chorégraphie du chœur. Gurshad est en effet au centre du plateau, chantant a capella (surtitré en français), alors qu’un chœur tourne autour de lui et se frappe le cœur de la main droite. Le rituel est là, l’objectif est on-ne-peut-plus clair et le protagoniste a une présence entière et indéniable ; il nous offre quelque chose de clairement intime qu’il est précieux de recevoir. Ceci dit, la construction du spectacle fait que le chœur est très présent et comme le groupe est grand, on finit par détailler les différents membres et leur investissement est très inégal. C’est le cadeau empoisonné du chœur qui peut amener une grande force comme il peut déforcer une proposition si son investissement n’est pas entier et partagé par chacun.


En somme, des propositions très éclectiques, des formes intéressantes dans leur recherche et qui apportent chacune une pierre différente à l’univers théâtral des Tanneurs, chaque créateur étant en effet un artiste associé du théâtre. Une belle explosion spectaculaire pour fêter la rentrée théâtrale et une merveilleuse manière de reprendre pour Theatron !


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Informations supplémentaires sur le site des Tanneurs.

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