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  • Louise Renard

Pourama, Pourama - Les Tanneurs [spectacle]

Pourama, Pourama est une expérience absolument unique spectaculaire en trois parties, toutes plus surprenantes les unes que les autres, qui nous embarque dans l’univers et la vie de Gurshad Shaheman au Théâtre des Tanneurs du 12 au 15 février.


Ce serait presque dommage de dévoiler les différents systèmes spectaculaires mis en place dans ce projet car y entrer sans en être informé permet réellement de se laisser surprendre tout au long du spectacle par, non seulement les histoires, mais aussi les formes. Je tenterai donc de retranscrire mon expérience sans trop dévoiler sur les ficelles que Gurshad tire avec une finesse et une intelligence sans faille.


La première partie traite majoritaire de sa cellule familiale en Iran, on entre dans l’intimité de son enfance. Une place très importante dans les trois parties est donnée à l’écoute mais la pénombre de la première partie sublime particulièrement cette attention prêtée. Je craignais d’ailleurs que ma concentration ne me fasse défaut et ne me permette pas de suivre pleinement le récit mais la narration est d’une telle clarté qu’elle m’a réellement permise de ne pas perdre une goutte de son histoire. Le public est ensemble d’une telle manière dans cette écoute que ce n’est pas sans rappeler les anciennes traditions de raconter une histoire autour du feu.

La seconde partie traite davantage de l’éclatement de sa cellule familiale, du divorce de ses parents, de sa relation à sa mère et de la prise de conscience progressive de son homosexualité ; et cela dans un nouveau lieu que nous avons rejoint après l’entracte, avec une nouvelle disposition qui permet non seulement un nouveau souffle mais aussi des rencontres entre les personnes assises ensemble. La convivialité est maîtresse dans cette partie malgré la dureté de certains passages de son histoire qui nous font tantôt oublier tantôt reprendre conscience que c’est bien une histoire vraie qu’on écoute et que la personne qui évolue face à nous et entre nous est bien réelle. Ce n’est pas un personnage, c’est Gurshad.


Enfin, la troisième partie évoque son passé d’escorte masculine à Paris. Plus que jamais, le spectateur sera « appelé » à participer. Je dis « appelé » mais on pourrait tout aussi bien dire « invité » car aucun spectateur n’est obligé, forcé ou même ne subit de pression qui le mènerait à cette participation. Au contraire, ceux qui veulent participer le font plutôt avec impatience de quitter leur chaise pour rejoindre Gurshad plutôt que par quelconque sentiment d’obligation.

L’expérience est quant à elle totale, on entre dans l’intime, dans le conte et dans le documentaire à la fois. On suit cette histoire avec passion, on rencontre d’autres spectateurs, on échange, on vit une expérience durant plus de quatre heures ensemble et jamais une seule minute ne semble trop longue. Le rythme est maîtrisé à la perfection. On a presque peur que cela se finisse tant on a vécu un moment hors du temps et de l’espace. C’est un bijou spectaculaire que Gurshad offre avec une immense générosité à la petite jauge de soixante personnes qui peuvent la voir à la fois.


Je sais déjà que plus jamais, sans doute, je ne vivrai quelque chose de semblable dans une salle de spectacle. C’est un moment inoubliable qui restera gravé dans ma mémoire. Indéfinissable aussi car on y voit des codes reconnaissables, de la performance par exemple, et simultanément, d’autres formats qui sont parfaitement uniques. Le spectacle a déjà été encensé par la critique et tourne depuis quelques années, je ne peux que lui souhaiter de continuer cette tournée.


A voir aussi, le livre : Pourama, Pourama aux Solitaires Intempestifs


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(c) Photos de Anne-Sophie Popon

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