Rechercher
  • Louise Renard

Rinaldo, Glyndebourne [opéra]

Créé en 2011 avec une cantatrice dans le rôle-titre, le Rinaldo de Haendel mis en scène par Robert Carsen revient cette année à Glyndebourne et projette sur le devant de la scène le jeune contre-ténor virtuose : Jakub Józef Orliński.


L’histoire commence dans une salle de classe ou un jeune garçon au visage d’ange, Rinaldo (Jakub Józef Orliński), se fait martyriser par ses compagnons de classe qui déchirent la photo de sa bien-aimée Almirena (Giulia Semenzato). Le grand tableau noir en fond de scène se soulève alors pour laisser entrer les chevaliers qui viennent à la rescousse du garçon. Ce dernier semble alors comme plongé dans son livre d’Histoire pour échapper à la réalité.


C’est donc entre croisades et rêve éveillé que vont se dessiner les aventures de Rinaldo, son compagnon Eustazio (Patrick Terry) et leur commandant, Goffredo (Tim Mead), le père d’Almirena. Après une trêve décidée entre les croisés cités plus tôt et le roi de Jérusalem, Argante (Brandon Cedel), celui-ci et sa compagne ensorceleuse, Armida (Kristina Mkhitaryan), entreprennent d’enlever Almirena pour affaiblir Rinaldo, le plus redoutable des chevaliers chrétiens.


Argante, dans un costume qui mélange époques et origines, arbore à la fois une cotte de maille et un turban ; la voix de basse de son interprète, Bradon Cedel, est tantôt ronronnante, tantôt rugissante mais toujours pleine et soutenue. Armida, quant à elle, d’abord dans un tailleur en latex noir, les cheveux dans un chignon serré et le chapeau de la professeure qu’elle était encore quelques instants auparavant sur la tête, se dévoile au fil de l’opéra dans toute sa rage, tombant la veste pour un corset et son chignon pour ses cheveux noir relâchés. Au-delà de l’imagerie du personnage, Kristina Mkhitaryan va bien au-delà des artifices de son costume et monte dans les hautes sphères pour atteindre des notes stellaires avec une troublante facilité.


Beaucoup d’humour rythme la mise en scène de cet opéra et ces ruptures sont les bienvenues car les arias sont beaux mais longs et le livret est particulièrement répétitif. L’humour réside majoritairement dans les acteurs de l’ensemble : d’une part les chevaliers de Goffredo (Andrew Hayler, Nathaniel James, Anthony Kurt Gabel, Colm Seery), patauds, maladroits et parfois un peu trouillards, et d’autre part les furies d’Armida (Lucy Burns, Anne Corday, Megan Frances, Hazel Gold, Charlotte Sutherland, Keiko Hewitt-Teale), inspirée d’écolières gothic-lolita de l’univers du manga japonais qui ne manquent pas de piquant.

Il y a aussi une belle féérie trouvée dans des détails qui soulignent l’adresse du metteur en scène. On pense notamment aux vélos que les chevaliers manipulent comme des chevaux qui se cabrent avant de grimper dessus pour rouler vers la coulisse alors que celui de Rinaldo décolle pour rappeler l’image du petit garçon à vélo de l’affiche d’E.T. l’Extra-Terrestre. Un savant fou (James Hall) évoque quant à lui un croisement entre le Doc de Retour vers le futur et Einstein ; un personnage dont le laboratoire s’accompagne de pyrotechnies efficaces, d’explosions et de pétards, ce qui pardonnerait presque une voix nettement en dessous du reste de la distribution.


Tant que nous sommes sur les voix, il faut souligner la performance virtuose d’Orliński dont la voix voyage de sphère en sphère avec une impressionnante maîtrise. Tout est fluide, délicat, fin, sans emphase mais sans la moindre erreur même lorsqu’il fait un moonwalk ou une parade d’escrime tout en chantant. Son interprétation scénique de Rinaldo est quant à elle très attendrissante, son jeu d’acteur navigant subtilement entre l’enfant amoureux et le chevalier fougueux.


Enfin, l’aria mythique de « Lascio ch’io pianga » est interprété avec une grande délicatesse et maîtrise par Giulia Semenzato qui est émouvante sans entrer dans le pathos que l’on pourrait redouter pour ce passage de l’opéra.


En somme, malgré quelques longueurs inhérentes à la composition même et qu’il serait difficile d’éviter sans que l’on reproche, à l’inverse, trop de distractions, l’opéra reste une perle à tous les niveaux et l’on comprend pourquoi cela fait plusieurs années que les directeurs de Glyndebourne le reprogramment dans la saison.


-

Photo de Robbie Jack.

Pour plus d'informations