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  • Louise Renard

River, Théâtre des Martyrs [fiction dansée]

Michèle Anne de Mey nous offre du 12 au 23 novembre, au Théâtre des Martyrs, une « fiction dansée » dans laquelle elle ainsi que sept autres artistes et un petit chien nous offrent une fenêtre sur la nostalgie, la séparation, les nouveaux départs mais avec une vague d’espoir qui naît de chaque tristesse et avec une douceur qui naît de chaque douleur. Les artistes de cette œuvre sont multidisciplinaires : chanteurs, acteurs, danseurs, cinéastes, circassiens – chacun merveilleusement difficile à catégoriser, à l’instar de ce spectacle.


Avec Michèle Anne De Mey, Charlotte Avias, Didier De Neck, Gaspard Pauwels, Fatou Traoré, Alexandre Trocki, Violette Wanty, Nino Wassmer, Zaza le chien.


Dès les premières images du spectacle, la féerie et la magie ont pris possession de la salle. Une brume qui envahit le plateau à ras du sol, un artiste déguisé en ours qui entre tranquillement suivi de la grande commode qui sert à la fois de rangement et de porte ; tout invite à un univers qui n’est pas sans rappeler celui de Narnia, monde merveilleux dans lequel on entre par la grande commode de l’ancienne maison justement. Mais ici, au lieu de passer dans un monde fantastique, on est plutôt plongé dans la magie de la nostalgie. Non pas une nostalgie sombre et assassine qui mène à la mélancolie, mais une nostalgie pleine de douceur et de tendresse.


Naturellement, tout n’est pas qu’harmonie, que ce soit dans le sentiment de départ, dans les thématiques d’au revoir à la maison d’enfance ou encore d’au revoir à l’enfance elle-même ; thèmes récurrents qui se racontent dans ce spectacle. Dans ce sens, les inventaires descriptifs de la maison que récite avec virtuosité Alexandre Trocki ont quelque chose d’inquiétant dans leur systématicité et leur méticulosité. Mais lorsqu’il glisse vers l’obsession, il y a un miroir dansé de sa parole qui vient amener une sorte de clémence bienvenue pour équilibrer cette parole angoissée.

Comme j’ai pu le voir précédemment chez Michèle Anne de Mey, la présence cinématographique est importante. On le voit dans la part d’illusion et de magie qui n’est pas sans rappeler à la fois les films muets de Méliès mais aussi les films fantastiques plus contemporains. On le remarque également dans l’utilisation de la musique qui est variée mais qui utilise un air en particulier comme thème du spectacle à l’instar d’un thème de film. Et, évidemment, on le voit très concrètement par la présence de la caméra sur le plateau, de la projection en direct et préenregistrée voire du montage lorsqu’il se fait que deux images filmées en direct se superposent pour en créer une virtuelle, projection audiovisuelle et peut-être projection de l’esprit.


L’ensemble du spectacle est jalonné de moments d’une telle poésie et d’une telle douceur qu’on voudrait les voir durer indéfiniment : le jonglage et le diabolo de Nino Wassmer, le chant chorale à capella qui s’élève dans le silence et la chorégraphie d’ensemble sur Only You du groupe The Platters n’en sont que quelques exemples que j’ai particulièrement apprécié. Il y a également des solos de danse et de chants (voire de jeu) qui viennent alterner avec les scènes d’ensemble, traitant par conséquent à la fois les cheminements des personnages comme individualités et leur cheminement en tant que communauté. D’ailleurs, la confiance et la complicité qui se dégagent de cet ensemble sont une force tranquille que j’ai rarement eu l’occasion d’observer sur un plateau.

Très rapidement, je veux souligner que la présence du chien aurait pu être une nuisance dans le sens où elle aurait pu troubler l’attention du spectateur – après tout ne sera-t-il pas toujours plus dans l’instant que n’importe quel acteur ? – mais ses apparitions sont intelligemment dosées avec même un petit retournement humoristique très bien calculé. Au fond, il finit de créer le liant dans cette famille recomposée où chacun est unique et nécessaire, différent et unifié ; et je ne saurais pas dire en disant cela si je parle des artistes ou de leurs personnages.


Enfin, il est difficile d’expliquer avec justesse le sentiment que l’on vit en traversant ce moment spectaculaire (je vous conseille donc fortement d'aller l'apprécier par vous-même) mais je crois que je m’en approche le plus en disant que j’ai eu l’impression de traverser le miroir d’Alice au Pays des Merveilles et qu’au lieu d’y trouver des créatures mystérieuses, j’y ai trouvé l’infiniment humain – qui est peut-être empreint de davantage de magie et de mystère que le merveilleux.


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Un spectacle de Michèle Anne De Mey


Créé pour et en collaboration avec : Charlotte Avias, Didier De Neck, Gaspard Pauwels, Fatou Traoré, Alexandre Trocki, Violette Wanty, Nino Wassmer, Zaza le chien


Chorégrahie : Michèle Anne De Mey, assistée de Fatou Traoré


Textes Thomas Gunzig en collaboration avec Didier De Neck et Alexandre Trocki


Assistante : Lou Colpé


Scénographie et costumes : Vincent Lemaire assisté de Nathalie Moisan


Images & vidéo : Gaspard Pauwels, assisté de Jeremy Vanoost et Giacinto Caponio


Montage : Mélusine Delferrière


Création sonore : Boris Cekevda


Traitement musical : Thierry De Mey


Création lumières : Pierre de Wurstemberger


Equipe complète ici.


(c) Photos de Julien Lambert

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