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  • Louise Renard

Sanctuaire Sauvage - Varia [cirque]

Avec Sanctuaire Sauvage, le Collectif Rafale crée un univers faisant appel à tous les sens. Du 18 au 20 octobre, ils installent une scène circulaire dans la salle du Grand Varia et nous invitent à entrer dans leur monde tout à fait unique.


Alors que l’on attend avant d’entrer dans la salle, un homme nous interpelle pour nous inviter à la prudence en entrant dans l’espace créé par le collectif. On se questionne évidemment sur cette possible fragilité et sur l’obscurité contre laquelle nous avons été avertis. On entre alors dans un espace plongé dans la pénombre, on s’installe sur les gradins, on se serre pour pouvoir asseoir tout le monde. L'obscurité invite aussi à un changement de voix, on chuchote plus qu'on ne parle. Et le spectacle commence. La scène circulaire autour de laquelle est installé le public est cachée par un voile en plastique fin qui ne permet que de discerner vaguement une silhouette sans queue ni tête. Est-ce une personne ? La créature se lève, on se rend compte qu’ils sont deux. Non, trois. On n’est plus réellement sûr de nos repères visuels et dès lors on est rappelé au fait que la thématique de recherche principale du Collectif Rafale est la cécité.

Au fur et à mesure du spectacle, on voit que ce travail regorge d’inventions d'une grande finesse et d'une grande pertinence. On nous offre une porte secrète vers l’esprit des acrobates. Leurs monologues intérieurs nous expriment que la fluidité que l’on voit généralement au cirque n’est pas du tout en adéquation avec toutes les petites angoisses qui passent dans leur tête : « mon bras doit aller là », « non ne bouge plus », « et là c’est très haut » sont le genre de remarques que l’on peut entendre marmonnées par les trois acrobates.


Ce spectacle m'a particulièrement fait prendre conscience que je ne m’étais jamais rendue compte à quel point le cirque était un art visuel : en effet, souvent accompagnées de musique les représentations circassiennes n’offrent aucun repère liant les mouvements aux autres sens. Ici, le Collectif Rafale pallie à cela. Les acrobates courent autour des gradins en nous offrant un Sound Surround en live et sonorisent leurs sauts par des cris, le jongleur fait une audiodescription de toutes ses passes de balles, alliant une dextérité à la fois manuelle et vocale,… Le tout étant à la fois un émerveillement et une réflexion intéressante sur la « vision » de l’autre.

Enfin, le spectacle entame sa dernière partie en faisant frénétiquement passer des ponchos de pluie et des lunettes de protection à l'intégralité du public. Rapidement, sans réfléchir, on met les éléments qui nous sont prêtés. Des attentes sont créées : va-t-il nous pleuvoir dessus ? va-t-on nous lancer des choses ? C’est là qu’entre en scène tout un jeu autour d'une pluie de gravier qui imite parfaitement le bruit de la pluie et l’image de l’eau qui tombe. C’est troublant, au point qu’on a du mal à convaincre notre vue qui attendait de l’eau que c'est bien du gravier. L’œil ne serait-il peut-être pas si fiable même lorsqu’il est bien voyant ?


J’ai toujours une certaine crainte quand j’entends qu’un spectacle ou qu’une performance veut me faire vivre un « voyage sensoriel » comme dit dans la description du Varia ; mais cette fois, je dois dire que c’est sans doute l’expression la plus adéquate pour formuler ce que j’ai ressenti. Avec très peu de mots, et quand parole il y a, des mots très simples, le Collectif Rafale installe à la fois un rêve éveillé d’une grande poésie et une profonde réflexion sur ses propres sens et sur ce qu’on tient pour acquis, du moins en ce qui me concerne, dans l'utilisation de ces sens.


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Avec : Sonia Massou, Julien Pierrot, Thibaut Lezervant

Scénographie et dramaturgie : Cécile Massou

Mise en scène : Collectif Rafale

Lumières : Anaïs Ruales

Dispositifs sonores : Victor Praud

Créateur et illustrateur sonore : Jérémy David

Regards extérieurs : Jérémy David, Daniel Schmitz

Régie : Camille Rolovic


(c) Photos de Milan Szypura - Haytham Pictures

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