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  • Louise Renard

Trance, Riches-Claires [danse]

Du 11 au 31 décembre aux Riches-Claires se joue Trance, un spectacle de Nono Battesti co-créé avec l’équipe qu’il décrit comme sa famille : Quentin Halloy joue de la musique en live, Dyna B chante et Juliette Colmant y danse en compagnie de Battesti lui-même. Ce quatuor nous offre un spectacle total, dansé et théâtral, chanté et incarné. Parti de ce qu’il se passe lorsque l’on frôle la mort et que l’on reprend ensuite goût à la vie, Trance raconte tout en poésie physique et musicale la perception de cette mort, mais aussi de la renaissance qui l’accompagne.


« Transcender nos perceptions », voilà leur objectif.


Le spectacle commence avec une scène arrêtée, dans ce qui semble être une rue avec un passage piéton – faites grâce aux découpes des projecteurs – contextualisée par un bruit ambiant de route. La scène prend vie avec les premières notes de musique, s’interrompant à chaque fois que la musique s’arrête. On comprend alors petit à petit les règles du spectacle : les corps ne prennent pas vie sans la musique et inversement. Ce code sera rompu quelques fois avec des moments de silence mais ceux-ci prennent justement toute leur force par l’indissociabilité installée au préalable. La scénographie se résume à un banc, quelques ampoules et les instruments : le gros de la mise en scène se fera dans la délicatesse des nuances de lumières, des couleurs, des contrastes donnant une profondeur aux corps et au plateau.

La musique a, comme je le disais, une place très important dans ce spectacle et la voix de Dyna B résonne avec toute la force du soul et du blues d’où elle prend ses origines mais vole vers des hauteurs qui ne sont pas sans m’avoir rappelé les joiks, chants traditionnels chamaniques des peuples Sami. Il y a quelque chose qui est au-delà de l’humain dans cette voix spirituelle, si bien accompagnée par les différentes compositions originales ainsi que la percussion surélevée et illuminée comme une lune qui, une fois résonnante, vibre jusqu’au fond de la poitrine du spectateur. On frissonne, on frémit, on ondule avec eux ; un moment de joie intense dans la chorégraphie nous donnerait presque envie de monter sur le plateau avec eux. Le quatuor nous offre une complicité rare dans laquelle ils nous invitent avec beaucoup de générosité.


Dans la continuité de la question de la complicité entre les quatre artistes, le duo dansé de Juliette Colmant et Nono Battesti, parfois rejoint par Dyna B, fonctionne avec une alchimie rare. Les influences sont nombreuses pour la chorégraphie mais rien de trop précis ni de trop présent, ayant pour résultat de donner lieu à un spectacle tout à fait unique. Ce n’est pas « du hip-hop » ou « de la danse contemporaine », ce sont des corps qui parlent, des corps qui racontent, des corps qui dansent, tout simplement. Cela va au-delà de la forme ou du genre, c’est la part évocatrice et parlante qui prédomine, pourvoyant chaque mouvement d’un sens que l’on peut tous comprendre différemment mais qui aura de toute manière du sens : par l’énergie, par l’intention ou par la retenue qui lui est insufflé.

Enfin, une fois le spectacle terminé et les applaudissements dithyrambiques finis, le bord plateau fut l’occasion pour moi de voir les différents vécus des spectateurs ; et là où j’y avais vécu un moment de poésie et de joie intense, teinté d’un peu de nostalgie, plusieurs personnes au bord des larmes remarquaient et parfois regrettaient la grande tristesse que le spectacle leur avait inspirée. Ce spectacle semble donc dépendre plus grandement encore que tout autre de ce qu’on y amène de soi de telle manière que Trance est une œuvre à la fois évocatrice, assurément touchante et révélatrice même de celui ou celle qui la regarde.


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Avec Nono Battesti, Dyna B, Juliette Colmant et Quentin Halloy

Direction artistique et chorégraphie : Nono Battesti

Chant : Dyna B

Multi-instruments : Quentin Halloy

Direction technique, éclairages : Benjamin Struelens

Sonorisation : Cédric Alen


(c) Photos de J-M Schneider