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  • Louise Renard

Un tramway nommé désir - Varia [théâtre]

Un tramway nommé désir de Tennessee Williams, mis en scène par Salvatore Calcagno, se joue du 11 au 20 novembre 2021 au Varia. Un spectacle dont le choix artistique est de se différencier radicalement des images fortes que nous a laissé Elia Kazan. Avec Lorenzo Bagnati, Marie Bos, Sophia Leboutte, Réhab Mehal, Lucas Meister, Antoine Neufmars, Bastien Poncelet et Tibo Vandenborre


Alors que j’ai tendance à commencer par l’entrée dans la salle, c’est ici par la sortie que je voudrais ouvrir cette critique. Car on ne sort pas de ce spectacle indifférent.e – c’est le moins qu’on puisse dire. Un spectre large de réactions se dévoile lorsqu’on sort de cette salle, de ceux qui expriment vocalement leur profonde frustration, à ceux qui étaient prêts à faire un standing ovation. Cela n’est évidemment pas le signe d’un bon ou d’un mauvais spectacle mais c’est un bon indicateur du mérite qu’il a à être discuté.



Une des premières choses dont je voudrais d’ailleurs parler, et probablement un gros point de scission entre les personnes qui ont aimé ou détesté ce spectacle, est la prise de parole. Un jeu qui sonne faux, récité, comme une longue déclamation polyphonique, ne laissant place à ce que j’appellerai de la « justesse » que dans les moments de silence. L’utilisation des vidéos préenregistrées en coulisse, qui soit dit en passant ne dérange ni n’ajoute grand-chose, laissait cependant des moments de silence où l’on pouvait tout à coup s’accrocher à des regards, à des gestes qui n’étaient pas parasités par ce parlé dissonant qui n’est pas sans rappeler un opéra dodécaphonique.


La distribution est quant à elle, étonnante et donne un groupe très désuni. Aucune relation ne semble crédible. Le couple Stanley-Stella ne fonctionne pas. Leur sensualité est froide et maladroite, leur amour inexistant. La sororité est étrange et codifiée mais jamais organique. Cela dit, un couple fonctionne : Eunice (Réhab Mehal) et Steve (Antoine Neufmars). Ils sont beaux, ils sont furieux et flamboyants, ils sont ce que j’imaginais être Stan et Stella. Réhab Mehal, tout particulièrement, a une traversée de la pièce qui est virtuose et magistrale, elle est un pilier nécessaire à ce spectacle.



Pour le reste, je me demande : pourquoi ? C’est la question qui a rythmé tout mon visionnage de cette pièce. Pourquoi les vidéos ? Pourquoi la pluie sur le plateau ? Qu’est-ce que ces éléments rajoutent ? Pourquoi un interlude musical qui semble interminable pour un changement de décor qui aurait bien valu un entracte ? Pourquoi la présence fantasmagorique du personnage de Bastien Poncelet ? Pourquoi une rupture du quatrième mur pour la scène de fête qui nous offre soudain une sincérité joyeuse pour nous l’arracher ensuite ? Pourquoi le langage des signes pléonasme-t-il le texte dans la dernière scène ? Pourquoi Calcagno lui-même apparaît-il en médecin ? Pourquoi ?


On me reprochera peut-être de formuler cette critique sous forme de questions mais je ne suis, sincèrement, qu’interrogations à l’issue de ce spectacle. Peut-être me manquait-il des clés ? Peut-être – et probablement – suis-je passé à côté de quelque chose ? J’ai l’impression d’avoir assisté à l’expérimentation artistique d’un objet spectaculaire dont je n’avais pas les codes et à laquelle je n’étais pas sûre d’être bienvenue.


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(c) Photos de Vutheara Kham


Pour en savoir plus : le site du Varia.



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