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  • Louise Renard

Water Will (in Melody) - Kaaitheater [danse]

Water Will (in Melody) est l’œuvre chorégraphique étrange et onirique conçue par Ligia Lewis. Elle est présentée au Kaaitheater les 6 et 7 décembre et nous plonge dans un univers aux frontières artistiques floues – croisant danse, théâtre et performance – à l’aide de quatre performeuses : Jolie Ngemi, Dani Brown, Susanne Sachsse et Ligia Lewis elle-même.


Le début est particulièrement inventif. La scénographie dans un premier temps consiste en un rideau noir et des rampes au sol qui illuminent à peine le rideau à travers la fumée ambiante. Petit à petit, on voit que la lumière n’est pas stable, comme si des esprits ou des ombres se déplaçaient devant les rampes lumineuses. L’effet est techniquement simple mais extrêmement efficace pour rendre le plateau vivant avant l’entrée de la première danseuse, Dani Brown. Celle-ci prendra l’avant-scène devant le rideau pour une chorégraphie parlée, avec une prise de parole d’abord timide puis progressivement plus assumée, racontant un sombre conte au sujet d’une princesse enterrée vivante. La chorégraphie, elle, s’équilibre entre la danse et le mime, une forme spectaculaire d’ailleurs particulièrement présente dans l’œuvre.

Le rideau s’ouvre après cette chorégraphie et s’enchaîneront ensuite différents tableaux, sur un plateau relativement nu, presque industriel. Les quatre performeuses sont remarquables, dégageant une réelle force ne serait-ce que par leurs entrées respectives au rythme d’une puissante percussion. Jolie Ngemi est particulièrement mémorable, tant par la fluidité de ses mouvements et les dissociations qu’elle maîtrise à la perfection, que par l’expressivité de son visage et l’humour qu’elle parvient à dégager par des regards furtifs et des expressions parfois presque clownesques. Son jeu et son talent d’actrice apportent une réelle qualité théâtrale au spectacle – là où les interventions parlées/chantées des autres danseuses étaient peut-être plus proches de l’univers transgressif et davantage difficile à recevoir de la performance.


Pas tout à fait humaines, ni tout à fait spectrales ou robotiques, les créatures humanoïdes qu’interprètent ces quatre femmes dans cet univers froid, où les sons puis la brume tombant du plafond invitent à penser à une sorte de caverne humide et coupée du monde, nous invitent peut-être à réfléchir à un futur apocalyptique de la femme. Celle qui se fait vomir, celle qui se fait posséder, celle qui montre son intimité, celle qui fait femme enfant, et surtout qui sont sur un plateau alors qu’un public assis les regarde. Alors que ce dernier est majoritairement protégé par l’obscurité, cette sainte obscurité est d’ailleurs bousculée par une sorte de grande poursuite qui semble chercher dans le public un coupable, à l’instar des poursuites des hélicoptères pour chercher un criminel.

On ne peut pas, je crois, être complètement insensible à ce spectacle, même si la seconde partie impose une grande lenteur et provoque moins de réactions que la première où s’enchaînent scènes poétiques et humoristiques, abstraites et narratives. Il est complexe de se former une opinion avertie étant donné que je suis pratiquement certaine d’avoir manqué la grande majorité des références qu’elles soient chorégraphiques, cinématographiques ou picturales mais en conclusion : l’œuvre est extrêmement riche et parfaitement troublante.


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Distribution complète ici.


(c) Photos de Maria Baranova

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